Solène Maréchal a été modéliste pendant neuf ans dans une maison de prêt-à-porter. Elle y a vu passer des patronnages repris trois fois pour gagner quarante centimes, et des pièces dessinées pour tenir une saison. En 2016, elle a loué deux pièces rue de Charonne et recommencé dans l’autre sens : le vêtement d’abord, le prix ensuite.
Deux pièces rue de Charonne, quatre modèles, une machine à coudre posée sur une table de cuisine. La première série fait 40 pièces.
Le montage part au Choletais, chez un façonnier de 22 personnes. C’est la première fois que Solène ne coud plus elle-même — et la dernière fois qu’une pièce sort en retard.
La maille passe à Roanne. La jauge 12 devient la signature de la maison : fine, sous la veste, toute l’année.
Ouverture de l’atelier de retouches au fond du showroom. Les retouches deviennent offertes — à vie, y compris dix ans après l’achat.
1 240 commandes, 3 % de retours. Le taux du secteur est de 24 % (Fevad, 2025). Nous n’avons rien fait d’autre que donner les bonnes mesures.
Un façonnier que l’on ne nomme pas est un façonnier que l’on peut changer sans le dire. Les nôtres travaillent avec nous depuis 2017 pour le plus ancien, 2019 pour la maille.
Jauge 12 en mérinos extra-fin. Le tricotage et le remaillage se font au même endroit.
Vestes, robes, combinaisons. 22 personnes, dont quatre mécaniciennes qui ne font que les têtes d’épaule.
Tannage végétal aux tanins d’écorce. Sacs, ceintures, vestes d’agneau plongé.
Impression au cadre plat, six écrans, un par couleur. Les foulards y sont aussi roulottés main.
Au fond du showroom. Ourlet, pinces, reprise de taille : offert, sans limite de date.
La question revient à chaque salon, et elle est légitime. La réponse tient en trois lignes, et aucune n’est magique.
Un seul lieu, rue de Charonne, qui sert d’atelier, de showroom et de bureau. Pas de réseau, pas de corner, pas de loyer sur rue commerçante : c’est le poste que la plupart des marques répercutent.
Deux collections par an, quatre réassorts, des séries de 60 à 120 pièces. On ne solde pas ce qu’on n’a pas fabriqué en trop — et une pièce non soldée est une pièce vendue à son prix.
Pas d’intermédiaire, pas de coefficient de gros. La même veste, avec le même lin et le même montage, sortirait entre 240 et 280 € en multimarque.
3 % de retours contre 24 % dans le prêt-à-porter en ligne : chaque retour évité est un aller, un retour et un reconditionnement que personne ne paie. C’est là que se trouve la marge, pas dans le tissu.
« C’était en 2014. La veste tombait moins bien à la fin qu’au début, et tout le monde le savait. On avait gagné quarante centimes par pièce et perdu la seule chose qu’on ne rattrape pas : la ligne d’épaule. Je suis partie deux ans plus tard. »
« Ici, le patronnage se fait une fois, sur un bloc taille 38, et il est gradé à la main du 34 au 46. On ne le reprend jamais pour économiser du tissu : on le reprend quand une cliente nous écrit que ça serre à l’emmanchure. C’est arrivé deux fois en dix ans, et les deux fois nous avons refait le bloc. »
Solène Maréchal, modéliste, fondatrice — Paris 11e
Deux collections par an, quatre réassorts. Une capsule, c’est une raison de vous faire revenir ; nous préférons que vous reveniez parce que la veste de 2019 tient encore.
Nous ne fabriquons pas de surplus, donc nous ne soldons pas. Le prix de septembre est celui de janvier — personne n’achète ici à 119 € ce qu’il verra à 59 € six semaines plus tard.
Les photos sont prises en une seule séance, sans retouche de silhouette. Une pièce doit tomber juste sur un corps, pas sur un fichier.
Cinq ateliers, tous français, tous nommés. Le seul intrant lointain est la laine mérinos, australienne : il n’existe pas de troupeau français à 19,5 microns. Nous préférons l’écrire.